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J’ai traversé un deuil sans le nommer.
 

Tant que le mot manque, l’expérience qu’il désigne demeure floue, presque inexistante. C’est après le décès de ma mère,

survenu en 2022, que j’ai découvert le terme de deuil blanc, une forme de perte silencieuse, insidieuse, vécue lorsque l'on accompagne un proche atteint de troubles cognitifs. Mettre un nom sur cette période vécue en sourdine a fait naître le besoin d’y revenir, de m’y replonger.
 

Comment faire le deuil physique d’une personne que l’on avait déjà perdue autrement ?
 

Ces images accompagnent ce basculement, superposent les temporalités et tentent de combler des absences ou des périodes oubliées. L’enquête photographique qui en découle naît d’un désir de « tomber sur quelque chose ». Un mot, un indice, un détail révélateur, une trace qu'elle m'aurait laissée avant de s’absenter. Il s'agit de continuer à voir et à tisser des liens malgré l’effacement. Je me ré-approprie alors son image, la mienne, la nôtre et désormais, un peu celle de mon père.

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J'ai souvent rêvé depuis ces années
d'un homme seul dans une nuit épouvantable
un homme qui suit un corbillard
dans lequel tu reposes
cet homme c'était moi 
alors ce matin d'aujourd'hui 
je l'ai déjà tant vécu
tant pleuré
que la joie de t'avoie connue,
seule,
m'enveloppe

"Il y a un temps où la mort est un événement, une ad-venture, et à ce titre, mobilise, intéresse, tend,  active, tétanise. Et puis un jour, ce n'est plus un évènement, c'est une autre durée, tassée, insignifiante, non narrée, morne, sans recours."

Roland Barthes, Journal de deuil

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